L'histoire de la synagogue de Smichov

La magie et le fantastique de Prague trouvent un écho supplémentaire dans l'évocation légendaire de son ghetto juif. Selon la tradition, les Juifs seraient arrivés dans la ville après la destruction du temple de Jérusalem et, quoi qu'il en soit, ce peuple reste une composante essentielle de l'amalgame culturel dont Prague est toujours pénétrée. Une architecture labyrinthique aux ruelles étroites et sombres et aux baraques entassées, tel était le visage du Cinquième quartier, avant sa démolition... Parmi les monuments historiques témoignant d'une riche histoire juive sur le territoire de Prague, il y a les synagogues situées notamment dans le quartier juif de Josefov: la plus vielle synagogue de Prague - la synagogue Vielle-Nouvelle, la synagogue Maisel, la synagogue Haute, la synagogue Klaus... Celles-ci ont une consoeur moins connue, située hors des frontières de l'ancien ghetto, dans le quartier de Smichov. Cette synagogue est en reconstruction et depuis 2004, elle devrait abriter les archives des communautés juives de Bohême et de Moravie et un dépôt des collections d'art plastique du Musée juif de Prague. Voici donc l'histoire mouvementée de la synagogue de Smichov.

La synagogue que je désire vous présenter a été construite dans la plus vieille banlieue de Prague, celle de Smichov, en 1850. A l'époque, la communauté juive de Smichov devait son développement rapide à des usines textiles fondées depuis le début du XIXe siècle notamment par les riches familles juives, dont les Porges, les Pribram et les Dormitzer. A titre d'exemple, les frères Porges sont venus de la ville d'Oporto au Portugal avec une vague de réfugiés juifs chassés d'Espagne et du Portugal au XIXe siècle.

La communauté juive est née à Smichov dans la première moitié du XVIIIe siècle et depuis 1794 elle a eu déjà une société de soutien aux malades et aux misérables et un cimetière où l'on enterrait jusqu'en 1921. En 1850, la communauté juive de Smichov a construit sa première synagogue mais faute de moyens financiers, la construction de celle-ci n'était jamais achevée. Comme la communauté se développait très rapidement, on a décidé de construire une nouvelle plus grande synagogue dans le style néo-romane (extérieur) et mauresque (intérieur). A la fin du XIXe siècle, la communauté juive de Smichov comptait déjà 2000 membres et ses revenus annuels représentaient 5600 florins. Elle a crée huit fondations pour le temple, les veuves pauvres et les étudiants, sa confrérie funéraire comptait 126 membres, la société de soutien aux pauvres et aux malades 80 membres et une amicale féminine 90 membres. En 1892, on a fondé à Smichov une école de Talmud-Tora. Le nouveau cimetière juif Na Malvazinkach a été fondé en 1903. Parmi les personnalités importantes, il y a le prosateur expressionniste Hermann Ungar ou le poète et traducteur Friedrich Adler qui y avaient trouvé le lieu du dernier repos. Le cimetière abrite aussi des tombeaux de la famille Porges de Portheim, fondatrice de l'une des plus anciennes usines textiles de Smichov.

Dans les années 1930-1931, la synagogue de Smichov a subi une reconstruction d'envergure dans le style puriste, d'après les plans de l'architecte Léopold Ehrmann. Cette reconstruction monumentale a complètement changé son visage extérieur et a transformé la synagogue en l'une des rares constructions synagogales modernes de Bohême. Malheureusement, les années à venir ont réservé à cette synagogue un destin peu enviable. En automne 1941, la synagogue est fermée et les membres de la communauté envoyés dans des camps de concentration nazis. Pendant la guerre, elle abrite un dépôt des biens juifs confisqués. Après la guerre, la communauté juive de Smichov ne reprends plus ses activités. La synagogue sert de nouveau d'un dépôt, cette fois-ci celui de pièces de rechange de la firme CKD. L'intérieur remanié à cette fin a considérablement dégradé cette construction. En 1986, la synagogue est destinée à la démolition, mais celle-ci ne se réalise heureusement pas. La synagogue n'est restituée à la communauté juive qu'en 1993, après quoi son propriétaire, le Musée juif de Prague, décide de la reconstruire. Les travaux commencent en 2002 pour que, deux ans plus tard, elle puisse accueillir les archives et le dépôt des collections d'art plastique.

Lors de la reconstruction de la synagogue de Smichov, les bâtisseurs ont réalisé une découverte précieuse. Le 23 janvier dernier, ils ont trouvé dans les fondations de la synagogue un document en parchemin rappelant l'achèvement de la construction de la synagogue, le 30 août 1863. Le directeur du Musée juif de Prague, M. Leo Pavlat à propos de cette découverte.

Une curiosité accompagne cette découverte. Le document a été découvert dans un état parfait, intacte, même si emballé seulement dans un papier journal de l'époque. Normalement, les documents d'une telle importance sont mis dans un étui. Ayant une forme et un contenu très intéressant, le document est divisé en douze champs dont chacun a une écriture et décoration différente, depuis le style classique empire avec un fin dessin linéaire jusqu'à l'écriture néo-gothique et un ornement naturaliste. Le texte du document rappelle la longue histoire de la communauté juive de Smichov remontant à la moitié du XVIIIe siècle ainsi que sa détermination, de longues années durant, de construire sa propre synagogue. Le document a été réalisé par Joseph Bindeles, portraitiste et lithographe pragois réputé. On peut lire aussi dans le texte que la construction a été achevée grâce à l'aide financière du maire de Smichov d'alors, industriel et député, Frantisek Ringhofer, qui n'était pas d'origine juive.

La synagogue de Smichov fête cette année le 140e anniversaire de sa fondation. Le document de fondation sera déposé au Musée juif de Prague et son fac-similé placé là où l'on a trouvé le document original.