Don d’organes : les Tchèques cèdent volontiers leur moelle osseuse

Il y a deux ans encore, les médecins tchèques s’inquiétaient du déficit important de donneurs de moelle osseuse. En l’espace de seulement quelques mois, la situation s’est inversée : mobilisés suite au cas de la petite Nikola, un bébé atteint de leucémie, les Tchèques ont été plus nombreux que jamais à s’inscrire, depuis janvier dernier, dans les deux registres de volontaires au don de moelle osseuse, à Prague et à Plzeň. A ce jour, ils totalisent un record de 100 000 donneurs.

Photo illustrative: Chad McNeeley / Navy News Service, public domainPhoto illustrative: Chad McNeeley / Navy News Service, public domain « Je ressens beaucoup de gratitude envers mon donneur. Un jour, je voudrais le rencontrer », explique Tomáš, diagnostiqué de la leucémie à l’âge de trois ans et qui a guéri grâce à une transplantation de moelle, cette usine à fabriquer le sang. Nikola, une petite fille d’un an à peine, dont l’histoire a bouleversé et ému tant de Tchèques, n’a elle pas eu cette chance : elle a succombé à des complications dues à la greffe.

Depuis le début de l’année, plus de 2 000 personnes se sont inscrites sur le Registre national des donneurs de moelle osseuse à Prague. Le chiffre est d’ores et déjà plus important que celui de l’ensemble des nouveaux inscrits en 2016.

Chaque année, les médecins tchèques effectuent plusieurs centaines de greffes qui permettent de soigner des cancers du sang, comme les lymphomes ou les leucémies, ainsi que des maladies graves du système immunitaire. L’importance des registres nationaux interconnectés est capitale : en République tchèque, jusqu’à 73% des greffons proviennent de donneurs anonymes, non-apparentés avec les patients. Plus de la moitié des malades trouvent un donneur à l’étranger, le plus souvent en Allemagne, en Pologne ou aux Etats-Unis.

Dénicher un donneur dont la compatibilité génétique soit la plus proche possible du patient n’est pas une évidence. Alors que plus de 30 millions de bénévoles au don sont actuellement inscrits sur les registres à travers le monde, un patient sur trois ne trouve pas de donneur compatible. Pour favoriser leurs chances de guérison, les registres tchèques ont décidé, en novembre dernier, d’accepter des donneurs plus âgés qu’auparavant : désormais, les donneurs potentiels peuvent s’inscrire jusqu’à l’âge de 40 ans, au lieu de 35. Coordinatrice du fichier pragois, Gabriela Hošková se félicite de cette démarche :

« Les nouveaux inscrits se situent souvent dans cette tranche d’âge, entre 35 et 40 ans. Cela confirme l’efficacité de notre stratégie. Nous continuons à cibler la jeune génération. Car le donneur idéal, c’est un homme âgé de 25 ans. »

Toujours est-il que le donneur potentiel doit être en parfaite santé. Il peut être inscrit dans le registre et donner sa moelle jusqu’à 55 ans.

Les spécialistes tchèques font remarquer qu’il y a vingt ans, 70 greffes de moelle osseuse sur 100 étaient réalisées dans le pays à partir d’une moelle osseuse apparentée et les 30% restants à partir de moelle saine prélevée chez un donneur anonyme. A présent, la situation est inverse.

Pour motiver les Tchèques à donner une chance supplémentaire à un malade de guérir, l’Etat prévoir de mettre en place des réductions d’impôts dont devraient bénéficier non seulement les donneurs de moelle osseuse, mais également les donneurs volontaires de sang qui, pour le coup, sont de moins en moins nombreux en République tchèque.